vendredi 19 juin 2026

On cuit, l'air est irrespirable, que fait la mairie ? La maire est responsable de la salubrité publique sur sa commune, devant la loi.

 

Mauvaise qualité d air.
Forte chaleur.
Circulation alternée ?
Ouverture des piscines plus longtemps?
Accès aux parcs rallongés ?
Action auprès des écoles ?

 
Bah non...

 
Pourtant 
😅
 
La maire est responsable de la salubrité publique sur sa commune, devant la loi.
"Le maire est titulaire de pouvoirs propres. Il exerce des pouvoirs de police administrative, c'est-à-dire qu'il est chargé "d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques"
article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales."
->5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ;

Histoire de St Joseph de Porterie - Les Annales de Nantes et du Pays Nantais, juin 2004

 

L'image ci dessus provient d'un livre écrit par Louis Le Bail en 1997.

Nous partageons ci dessous un de ses textes écrit en 2004.

Mais avant, qui était Louis Le Bail ? Des informations ici: https://patrimonia.nantes.fr/home/decouvrir/themes-et-quartiers/louis-le-bail.html  

Qui aujour'hui continuera d'écrire l'Histoire de St Joseph de Porterie ? Nantes Patrimonia ? L ALPAC ?

De notre côté nous documentons les évolutions du quartier avec un oeil sensible porté sur la place de la nature vivante en ville, la mémoire des fermes, des Batignolles; nous pointons les dysfonctionnements et les excès d'un urbanisme de bureaucrate autoritaire qui ne sait pas imaginer une ville avec les habitantEs.

Louis Le bail ne voulait pas que Saint Joseph perde son esprit "village à la campagne"; nous pensons que l'urbanisme doit se remettre en question avant d'atteindre un point de bascule dans le coin; à vouloir trop bétonner ne risque t on pas la surchauffe ?

 

Histoire de St Joseph de Porterie.

Annales juin 2004.

 

1  -  Quand Saint Joseph était à la campagne

 

                Saint Joseph de Porterie n’a jamais été une commune . Son  indépendance n’a jamais été « confisquée », comme celles de Doulon et de Chantenay en 1908. C’est un quartier de Nantes, une excroissance bizarre, tout en long, serrée entre l’Erdre et Carquefou, dont les autorités ont eu longtemps un certain penchant à ignorer l’existence, jusqu’à ce qu’elles s’aperçoivent que c’était une vaste réserve de terrains à bâtir, une des dernières de la commune. On peut compter sur les Portériens pour rappeler vigoureusement à qui de droit qu’ils sont Nantais à part entière !

 

 

Les temps anciens

 

Avant 1845, Saint Joseph de Porterie n’existait pas encore ; on ne connaissait alors que « Porterie ». Le quartier portait le nom d’un vieux château, dont les vestiges fort remaniés existent toujours dans le bourg de Saint Joseph.

On pourrait remonter l’histoire beaucoup plus loin : dans les années 1990, lors de la construction de l’autoroute Nantes-Angers, des fouilles préventives permirent de découvrir les traces d’une ferme gallo-romaine, entre le lotissement actuel « Chantrerie 2 » et le village de la Bréchetière : tessons d’amphores, d’écuelles, restes de clôtures …. Au sud du quartier, autour de l’Eraudière, dès que l’on creusait la terre, on ramenait à la surface des quantités de débris de tuiles et de briques de la même époque, signalait Léon Maître au début du 20ème siècle.

Les temps anciens ont fait l’objet d’un long chapitre de l’Histoire des « Grandes Seigneuries de Bretagne », publiée en 1899 par le chanoine Guillotin de Corson (1). Ancien domaine ecclésiastique cité dans la Charte de Louis VI, Porterie appartenait à la fin du 13ème siècle à Jean de Châteaubriant. A la suite de mariages et d’héritages, « le lieu, manoir, domaine, terres et richesses du Porteric » se retrouvent aux mains de Jean Tournemine , seigneur de la Guerche, au 16ème siècle. Son fils François y mourut en 1529. « Il est probable, raconte le chanoine de Corson, « que Porteric fut vendu vers cette époque [1580] : l’acquéreur fut Geffroy Drouet » , le premier maire de Nantes, qui prit le titre de seigneur de Porteric.

Au 17ème siècle, Porteric fut à nouveau vendu, cette fois à Michel d’Espinoze, descendant d’une famille de négociants espagnols, seigneur des Renaudières en Carquefou. Michel d’Espinoze devint donc seigneur de Porterie, pour de longues années. Il existait naguère, place Saint Vincent, dans ce qui était alors un des lieux les plus huppés de la ville, un hôtel particulier dit «de Portricq » ou «d’Espinoze ». La fille de Michel d’Espinoze, Bonne Elisabeth, épousa Gabriel Sébastien de Rosmadec; à la mort de leur fils, Michel Anne de Rosmadec, marquis de Goulaine, Charles Paul Augustin d’Espinoze reçut Porterie en héritage. Il en fut sans doute le dernier seigneur, car, le 25 octobre 1787, le domaine était vendu à messire Lelasseur fils pour 126 000 livres.

 Le nom de René François Lelasseur fils est connu à Nantes, de nos jours, par la partie du vieux « boulevard de ceinture » qui porte son nom. Son ancêtre, Marin Lelasseur, était « blêtier », « blatier », négociant en grains.  La fortune avait souri aux descendants, qu’on retrouve, au 18ème siècle, magistrats, échevins. A l’approche de la Révolution, René François Lelasseur était, en tant qu’ « avocat général » de l’institution, un des  principaux dirigeants de la Chambre des Comptes de Bretagne, dont le secrétaire général était son voisin M. de la Tullaye, et le président, M. de Becdelièvre, propriétaire du château de la Seilleraie.

René François Lelasseur possédait déjà des immeubles en ville, entre autres l’hôtel Lelasseur, à droite de l’Oratoire, qu’il avait acheté en 1788. Sa venue dans le quartier s’explique par un héritage : en 1781, il avait reçu de ses parents le manoir de Clermont-Ranzay, utilisé aujourd’hui comme mairie-annexe du secteur Nantes-Erdre. Vint la fameuse « nuit du 4 août » 1789. Les privilèges furent abolis, y compris ceux de la province de Bretagne, qui perdit sa Chambre des Comptes. Du coup, René François en perdit son emploi, ce qui semble-t-il ne le mit pas sur la paille. Les vingt ou trente années suivantes le voient agrandir ses propriétés, à Porterie et ailleurs : le Bois-Hue (1823), la Loge près de la Chantrerie, la Sauzinière entre la route de Vannes et la route de Rennes, la Renaudière à Couëron (1830), la Bouvardière à Saint Herblain (elle lui fut confisquée à la Révolution), les terres de la Bastière à Saint Philbert de Grandlieu, des borderies à Mauves (le Pas-Riche et Longchamp en 1834, les prés des Canches de 1822 à 1835), le Verger à Doulon (1829)….

 

 

Saint Donatien

Jusqu’à la Révolution, Porterie ne fait pas partie de Nantes, mais de Saint Donatien, vaste paroisse qui s’étend de chaque côté de l’Erdre, de la Garde à l’est (aujourd’hui le centre commercial Carrefour) à la route de Rennes à l’ouest; des limites de Carquefou au nord-est, du domaine de la Poterie inclus au nord-ouest, jusqu’à la Loire au sud entre Doulon et Saint Clément.

Une paroisse, alors, n’avait pas qu’un rôle religieux ; c’était aussi une division administrative du royaume, correspondant un peu aux communes d’aujourd’hui. Saint Donatien était sans doute aussi indépendante de Nantes que ses voisines Carquefou, Sainte Luce ou la Chapelle, et, craignant l’augmentation de ses impôts, ne tenait guère à devenir nantaise. C’est pourtant ce qui lui arriva avec les réformes administratives du début de la Révolution ; et c’est depuis ce temps-là que les « Portériens » (ce néologisme est une création récente !) sont nantais.

Saint Donatien était une paroisse rurale. Le sud de la route de Paris était le domaine des « jardiniers », ancêtres des maraîchers ; le nord était le domaine des « laboureurs », cultivateurs, agriculteurs. La partie urbaine de la paroisse se serrait autour de l’église et du cimetière, ainsi que vers le Bourg Fumé et la Moussière (quartiers modernes de la Manu, de la rue d’Allonville).

 

Porterie et l’Etang-Hervé

Porterie, c’est la campagne, ce sont quelques hameaux regroupant de petites fermes, pas bien riches. Le Linot, la Brosse, les Couffins, le Gota, le Houx, les Garniers, le Buron, la Maison de Porterie (le « château »), forment un ensemble nommé Porterie ou Portric. Le « château », depuis longtemps sans doute, était devenu une métairie, où vivait le fermier principal du domaine. Le lundi matin, un homme de loi envoyé par la Sénéchaussée de Nantes venait y régler les petits problèmes de voisinage. On peut rattacher à Porterie Malitourne, la Conardière, Rogeolet, le Brouillard. Plus au nord, on rencontrait deux fermes importantes, Cheviré (sous l’école des Mines maintenant) et la Perverie (sous le rond-point d’Atlanpole), propriété des familles de la Tullaye, puis de Saint Pern. A la limite de Carquefou, les villages du Port Brégeon, du Picot, de la Porte Douillard, de la Brégeonnière, de la Guiblinière, de la Boisbonnière et de Boisbonne formaient un ensemble connu alors sous le nom de l’Etang-Hervé.

Villages … c’était beaucoup dire ! Le Port Brégeon n’avait que deux masures, la Guiblinière ne comprenait qu’une ferme. De Port-Boyer à Gâchet, les bords de l’Erdre formaient de grands domaines appartenant à la riche bourgeoisie nantaise : l’Eraudière, Belle-Isle et Port-Durand, Ranzay, Clermont-Ranzay, le Fort, le domaine de Porterie, le Bois-Hue, Cheviré et la Perverie. Jusqu’à la Révolution, la Chantrerie était une métairie appartenant au clergé de la cathédrale.

Religieusement et administrativement, on l’a vu, Porterie et l’Etang-Hervé dépendaient de la paroisse de Saint Donatien, ce qui n’allait pas sans poser problèmes. Le chemin de Porterie, ou Bas Chemin de Carquefou, était mal entretenu, comme tous les chemins secondaires ; la ville et la province avaient déjà bien du mal à tenir en état le Grand Chemin de Paris, pavé jusqu’à la Halvêque. Et si Porterie était un lieu bien isolé, que dire de l’Etang-Hervé, situé à trois quarts de lieue supplémentaires du chef-lieu de la paroisse, et relié à Porterie par une mauvaise fondrière, le chemin de la Chantrerie (notre route de Gâchet).

De l’Etang-Hervé, on se rendait plus facilement à Carquefou, pour les obligations de la vie courante, pour utiliser les services du notaire …. Pour tout ce qui était religieux, on devait aller à Saint Donatien. Imaginons un enfant, le jour de sa naissance, le lendemain au plus tard, transporté pour son baptême sur une dizaine de kilomètres, quelle que soit la saison ; deux exemples parmi tant d’autres :

27 janvier 1786 – Yves Coat, recteur de la paroisse depuis une trentaine d’années, baptise Marie, « née d’hier », fille d’Olivier Oriot et de Marie Hupé de l’Etang-Hervé (du Picot, plus précisément). 12 février de la même année : baptême de Donatien, fils de Thomas Veillet, laboureur, et d’Elisabeth Turpin, « né ce jour à Portricq ».

Il existait bien des chapelles, celle de Porterie, près du château ; celle du Bois-Hue. Mais les registres ne mentionnent guère leur utilisation par le recteur de Saint Donatien ; quelques rares mariages, encore moins de baptêmes, s’y faisaient.

Cela va durer jusqu’au milieu du 19ème siècle.

 

 

Une pétition portérienne

Après l’orage révolutionnaire, après les débuts très encadrés du Concordat napoléonien, l’église catholique se refait une santé. Un peu partout, on démolit les vieilles églises pour en construire de nouvelles, on crée de nouvelles paroisses. En décembre 1844, l’évêque de Nantes reçoit, par l’intermédiaire de la mairie, une pétition rédigée par les grands propriétaires de Porterie : Lelasseur (Ranzay, Porterie, le Bois-Hue), A. Dufort et J. de Chappotin (le Fort), Louis Lévêque (la Chantrerie) , Fr. Ducoudray-Bourgault (Launay), Raoul de Saint Pern (Cheviré, la Perverie), B. Blot, Suquet. Les pétitionnaires soulignent l’isolement du quartier, le mauvais état des chemins, l’éloignement, et, ce qui en résulte, les liens quelque peu distendus entre la population et l’Eglise. Ils demandent la création d’une paroisse qui s’étendrait entre le Port Durand sur l’Erdre, Saint Georges sur la route de Paris, et les confins de la paroisse de Carquefou.

Lelasseur propose un terrain pour construire l’église, « en face de la Cour de Portericq, et à l’entrée de l’avenue de cette maison. » L’affaire va être rondement menée. Dès février 1845, le conseil municipal de Nantes émet un avis favorable, avec cependant quelque réticence ; la commission qui a étudié la demande est soucieuse des deniers publics : «La demande actuelle a soulevé une consciencieuse opposition dans le sein de notre commission », écrit-elle dans son rapport. « Cette opposition s’est particulièrement fondée sur ce que la multiplication de ces demandes et la facilité avec laquelle on y a fait droit jusqu’à ces moments, peut devenir dans un temps reculé un sujet de charges très pesantes pour la Commune de Nantes ; puisqu’indépendamment  de la rémunération obligée des vicaires, quand les paroisses s’en font besoin, le cachet destructeur du temps vient faire des frais d’entretien des monuments un sujet de dépenses assez considérables. » Le maire, Ferdinand Fabre, souligne que les fondateurs de paroisses « trop fréquemment dans ces derniers temps, ont eu plutôt pour mobiles les spéculations de l’intérêt privé que les besoins religieux des populations. »  La création de la paroisse allait, évidemment, apporter une sérieuse plus-value aux terrains des pétitionnaires !

La paroisse de Saint Donatien devait compter, en 1844, environ 8000 habitants. La nouvelle paroisse allait lui enlever 960 hectares et 843 âmes. 843 personnes qui, loin de ces spéculations foncières, manifestèrent, on l’imagine, leur satisfaction lorsqu’elles prirent connaissance de l’ordonnance royale du 12 novembre 1845 : « Sont érigées en succursales les Eglises des Communes ou sections de Communes dénommées en l’état suivant, avec leur nouvelle circonscription paroissiale, savoir :

Diocèse de Nantes, département de Loire-Inférieure ;

Ste Anne de l’Hermitage, section de la Ville de Nantes ;

St Joseph de Portricq, section de la Ville de Nantes.

                                                               Signé : Louis-Philippe »

On n’avait pas attendu l’ordonnance pour commencer les travaux ; un rapport du 14 juin 1845 signale : « L’église est en construction ; engagement a été pris de fournir un presbytère. » La dépense avait été évaluée à 20 245 F, fournis par diverses souscriptions. Les plans de l’église avaient été choisis dans le catalogue de l’architecte Chenantais, sûrement pas dans les « hauts de gamme », si on la compare à celle de Sainte Anne ! Le 30 septembre 1846, Jean-François de Hercé, évêque de Nantes,  bénit solennellement la nouvelle église.

 

 

Les temps modernes

Jusqu’aux premières années du 20ème siècle, l’histoire de Saint Joseph de Porterie va se confondre avec l’histoire de la paroisse. Un presbytère, un cimetière, vont bientôt être construits. En attendant sa cure, Pierre Dubigeon, premier curé de la paroisse, est logé à la Maison de Porterie, ou « Cour de Porterie », ainsi que l’on a coutume de désigner le vieux « château ». Un Conseil de Fabrique (chargé de la gestion des biens matériels de la paroisse) est désigné. Il comprend principalement les notables du quartier, Lelasseur, Dufort, et leurs alliés.  Lelasseur  ne va pas tarder à se rendre compte qu’il n’est plus le seul maître de Porterie. Il a maintenant affaire à un homme de caractère, l’abbé Dubigeon, qui entend diriger sa paroisse. P. Dubigeon tiendra tête à Lelasseur pendant quelques années. En juillet 1851, il obtient la cure de Mauves ; il est remplacé par Charles Cottineau. (1)

Le bourg de Saint Joseph commence à prendre forme, au carrefour de la route de Saint Joseph et de l’allée de Porterie (ou : la Rabine) : les deux ou trois premières maisons existent encore et sont devenues la pharmacie du bourg, le café, le tabac-journaux.

En 1850, la Loi Guizot a 17 ans. Le 9 décembre 1850, le quartier se dote d’une école ; elle occupe une pièce attenant au presbytère. C’est une école « libre », puisqu’elle résulte d’une initiative privée ; elle est dite « de garçons » ; en réalité, elle reçoit une trentaine d’élèves, surtout garçons, mais aussi filles. Le premier instituteur est Pierre Hervé, qui entre bientôt en conflit avec le recteur Cottineau, chacun voulant diriger l’école à sa façon.  En 1854, une seconde école est créée ; elle accueille les filles ; l’enseignement est confié aux religieuses de Saint Gildas. Vers 1875, les deux écoles reçoivent chacune 40 à 50 enfants.

A Saint Joseph, la vie s’écoule, calme et tranquille, c’est du moins l’impression que laisse la lecture des documents d’époque ; seuls quelques problèmes relationnels viennent passagèrement assombrir l’atmosphère, semble-t-il. Saint Joseph reste une paroisse très rurale, dont les 900 habitants, chaudement rassemblés autour de leur église, loin des dangers de la grande ville, vivent au rythme des saisons, des fêtes religieuses, sous la surveillance tatillonne mais sans doute bien acceptée de leur recteur, sous l’autorité, certainement moins bien admise, de leurs notables.

En juin 1863, la confirmation est donnée par Mgr Guynemer de la Hailandière, ancien évêque de Vincennes aux Etats-Unis, qui remplace Mgr Jacquemet malade. Il est accueilli par des arcs de triomphe fleuris, 152 personnes reçoivent la confirmation. En mai 1871, c’est Félix Fournier qui vient donner cette confirmation. A partir de la route de Paris, le cortège épiscopal est accompagné par une troupe de cavaliers de Saint Joseph. Le 19 mars 1874, la fête de la Saint Joseph rassemble 2000 fidèles dans le bourg. Les messes célébrées dans les chapelles privées, la Chantrerie, le Fort, le Bois-Hue, sont l’occasion pour les « maîtres » de maintenir le contact avec leurs fermiers. En 1890, M. Pellerin-Perrin érige une statue de la Vierge dans l’oratoire de sa propriété, au  Launay ; les fidèles « de l’un et l’autre sexe » qui réciteront un Pater et un Ave Maria devant elle obtiendront une indulgence de quarante jours.

 

(1) L’histoire de la paroisse de Saint Joseph a été racontée par M. Jean Guéhenneuc, à l’occasion de l’anniversaire de sa création : « Saint Joseph de Porterie, les 150 ans d’une paroisse », Nantes - 1996.

Les écoles du quartier ont fait l’objet d’une brochure de la Commune Libre de Saint Joseph de Porterie : « Quand  Saint Jo était à la campagne – Les écoles de Saint Joseph de Porterie », Nantes – 2003. Raconter l’histoire de la paroisse, celle des écoles, c’est aussi raconter l’histoire du quartier, bien sûr.

L’histoire de la seigneurie, des origines à la Révolution, peut être consultée à la Médiathèque de Nantes : « Grandes Seigneuries de Haute-Bretagne », chanoine Guillotin de Corson, Nantes – 1899. Cote Médiathèque : B 944 – 1 – GUI.

Les citations sont extraites de la chronique de paroisse tenue par les curés successifs de St Joseph..


 

2      -  De la campagne à la ville

 

La troisième République

 

Autour de Saint Joseph, le monde est en train de changer. En 1871, c’en est fini du Second Empire ; Napoléon III, devenu « Badinguet », « Napoléon le Petit », a été chassé. La France est désormais, pour longtemps, une République. La jeune Troisième République a constaté que l’Eglise catholique française, malgré l’esprit plutôt conciliant du Pape Léon XIII, est restée très monarchiste et n’accepte pas de perdre son pouvoir temporel. En 1881-1882, l’Ecole publique devient gratuite, et laïque. En 1901, la loi sur les associations prévoit que nul membre d’une congrégation non autorisée ne pourra diriger un établissement scolaire, ni même y enseigner. L’école de Saint Joseph va-t-elle être fermée ? L’école de filles l’a été, en juillet 1902, mais les religieuses ont réintégré leurs classe à la rentrée de septembre, puis elles ont été remplacées par deux institutrices « laïques ».  En 1903, la congrégation des Frères de Ploërmel est à son tour interdite. « Le 11 juin 1903, note le curé Julien Gourhand dans son journal de paroisse, le frère Mathieu, en vertu d’un ukase gracieux du préfet Hélitas, doit quitter l’école de Saint Joseph. Le pauvre père, revêtu d’habits civils, prend le chemin de l’exil, emportant dans son malheur l’estime de toute la paroisse. C’était un bien saint homme. »

Le 22 février 1906 est un « jour de deuil » à Saint Joseph. La séparation de l’Eglise et de l’Etat est devenue effective, on va procéder à « l’inventaire » de l’église. Deux cents hommes et cent femmes sont là pour accueillir le fonctionnaire chargé de l’opération. Celui-ci, d’humeur pacifique, écoute la protestation du curé, puis celle de M. Dufort, président du Conseil paroissial … et se retire sagement, puisqu’il ne peut accomplir sa mission. Il imaginera tranquillement chez lui un inventaire, puisqu’il en faut un, sans être entrer dans l’église.

 

L’école publique

Depuis de nombreuses années, le Préfet insistait pour que la Ville ouvre une véritable école publique à Saint Joseph de Porterie, au lieu de subventionner une école privée. La loi le voulait, l’emprunt nécessaire à la construction serait assez rapidement amorti par l’économie réalisée en ne versant plus de subvention à l’école privée. Les municipalités successives, E. Normand, Guibourd de Luzinais, A. Riom , Etiennez, Sarradin, par souci d’économie ou pour éviter des problèmes relationnels avec leurs administrés, laissèrent traîner l’affaire, malgré les nombreux rappels du préfet.

La municipalité de Gabriel Guist’hau se sentit beaucoup plus concernée, et en 1908, une première étude fut présentée au Conseil Municipal. Le préfet était conscient du fait que pas un propriétaire du quartier n’accepterait de vendre un terrain pour y bâtir une école publique ; le cas s’était déjà présenté au Pont du Cens.  A Saint Joseph, on sent le vent venir ; les grands propriétaires se décident à se cotiser pour faire quelques grosses réparations à l’école privée qui en a grand besoin. Il est un peu tard semble-t-il : en août 1909, un arrêté ministériel a décidé la construction d’une école de garçons et d’une école de filles à Saint Joseph de Portricq, commune de Nantes ; l’arrêté est signé par le Président du Conseil Aristide Briand. Au grand scandale de l’abbé Châtelier, qui s’indigne dans son journal de paroisse, il n’y aura pas lieu d’exproprier :

1910 – « L’école laïque – La municipalité retardait depuis de nombreuses années la création d’un groupe scolaire. Le dernier maire, M. Sarradin, ne voulut jamais y consentir. Le maire actuel Guist’hau, poussé par son triste conseil, n’a pas hésité à entreprendre ce travail. On a acheté très cher un terrain, six francs le mètre, avec la famille Lelasseur. Monsieur Louis Lelasseur n’a point attendu une expropriation [….], il a accepté après avoir demandé à la ville cette somme énorme. Cela fait regretter profondément la mort de Monsieur et Madame Lelasseur fondateurs de l’église et donateurs du presbytère. Ils auraient subi l’expropriation avant de se rendre. »

L’école ouvre ses portes le 2 octobre 1911. La municipalité Guist’hau, en dotant le quartier le plus  rural  de Nantes d’un beau groupe scolaire, a visiblement voulu « marquer le coup ». Elle n’a pas lésiné sur la qualité ; les bâtiments ne manquaient pas d’allure avec leurs bandeaux et leurs dentelles de « briques pressées de Couëron ». Le bourg de Saint Joseph est toujours aussi soudé autour de son église ; le clergé a su créer ou favoriser un solide et chaleureux réseau  d’œuvres, école, patronage, coopérative agricole, Jeunesse Agricole Catholique, où les vieilles familles portériennes se sentent bien. La vieille école catholique, elles l’ont bâtie de leurs mains. Les grands propriétaires qui avaient la haute main sur le quartier se sont éloignés : le rendement des fermages n’est plus aussi intéressant, des activités plus lucratives les attirent ailleurs. Paysan devient « maître chez soi », en devenant peu à peu à son tour propriétaire de sa terre. L’agriculture du quartier ne s’en porte pas plus mal, bien au contraire : elle évolue lentement mais sûrement vers le maraîchage qui a déjà conquis les autres parties rurales de la commune de Nantes.

Les familles qui envoient leurs enfants à la nouvelle école publique, peu nombreuses, sont exclues de ce cercle. Il s’agit d’enfants d’employés de la municipalité, d’ouvriers des industries naissantes des environs, de familles souvent très peu fortunées de Gâchet. Après la guerre 1914-1918, les enfants des premiers ouvriers des Batignolles y sont reçus, en attendant que l’usine ouvre ses propres écoles dans les cités en bois. Après la seconde guerre mondiale, l’école publique accueille une bonne partie des enfants des nouveaux lotissements, la Brosse, les Castors.

Saint Joseph est donc partagé en deux camps, qui ont une certaine tendance à s’ignorer. Autour de l’école publique, vers 1928, s’est créée une Amicale Laïque, dont le titre belliqueux évoque bien le climat de l’époque : « Groupement de Défense Laïque de Saint Joseph de Porterie ».

 

Révolution industrielle à Saint Joseph

Vers 1875, le Progrès atteint Saint Joseph. Nantes et Châteaubriant vont être reliées par une voie de chemin de fer qui contournera la ville par l’est et traversera le quartier de Saint Joseph. Elle desservira la Chapelle sur Erdre. Une petite gare est construite près du passage à niveau de la route de Paris. Pour franchir la rivière, il faut un viaduc. C’est l’entreprise de Gustave Eiffel [1] qui emporte l’adjudication du chantier. Une grande arche métallique est lancée entre le Port-Durand et la Jonelière. Cette ligne de chemin de fer est à l’origine d’un véritable bouleversement du vieux quartier rural.

1917 - Après les misères de la boucherie mondiale de 1914-1918, qui a fait 41 morts parmi les 8 à 900 habitants du quartier (un homme adulte sur 5), est-ce une nouvelle épreuve qui s’annonce ? On va construire une usine de locomotives sur le territoire de la paroisse, à l’emplacement du château  Saint Georges, près de la voie ferrée. « La population voit d’un mauvais œil ces ouvriers venir dans le pays. Ce sera le pillage en grand sur les bords de l’Erdre », écrit dans son journal l’abbé Châtelier, traduisant l’inquiétude de ses ouailles. La nouvelle population est bien différente de celle de Saint Joseph, en effet. Trois cités en bois abritent une grande partie du personnel, la Halvêque, la Baratte, Ranzay, 450 maisonnettes « provisoires » ; elles avaient été conçues par la maison Bessonneau d’Angers pour reloger les habitants des régions dévastées par la guerre ; elles serviront jusqu’en 1972 et seront quittées à regret par leurs habitants. Le monde paysan et le monde ouvrier finiront par se connaître et se rapprocher, quelques-uns des premiers se faisant embaucher à l’usine, quelques-uns des autres venant habiter le quartier, les premiers secourant les seconds lors des drames (bombardements) ou des conflits sociaux.

Au printemps 1924, la paroisse de Saint Joseph est largement amputée par la création de la paroisse de Saint Georges des Batignolles qui lui ôte toute la partie comprise entre notre boulevard de la Beaujoire, la Garde (le centre commercial Carrefour) et la route de Paris.

 

La fin des paysans

Jusqu’aux années 1970, Saint Joseph est encore à la campagne. A partir des années 1920, l’agriculture s’y modernise. Un cultivateur dynamique, Jean-Marie Potiron, qui exploite la ferme du Petit Bèle le long de la route de Châteaubriant, a impulsé la création d’une coopérative de battages, qui va bientôt rassembler tous les paysans du secteur, une bonne centaine. La coopérative achète une batteuse Merlin, une locomobile Onillon, un monte-paille. Les gros travaux se font en commun, les « bataillons » de battage vont de ferme en ferme.  En 1929, c’est une Mutuelle qui voit le jour, d’abord Mutuelle-incendies de fourrages, vite transformée en Mutuelle-accidents . De la route de Paris à Gâchet, on y adhère … « à cent pour cent » ! Cette mutuelle s’est inscrite à la Caisse Régionale de Bretagne, à Landerneau ; elle et ses semblables seront à l’origine des grandes mutuelles agricoles d’aujourd’hui (Groupama …)

Certains agriculteurs ont entrepris leur mutation ; les premiers maraîchers apparaissent, vers 1936 (Henri Chesneau, Pierre Bretin). On se spécialise. Des pépiniéristes s’installent à la Beaujoire, Emile Blot, puis M. Guervel. Fernand Potiron, le fils du fondateur de la coopérative, crée, après la Libération, un superbe verger (les Vergers du Launay). D’autres tentent l’aventure dans l’horticulture. Mais les besoins créés par la guerre en conduisent un grand nombre vers le maraîchage. Dès 1946, cinq cultivateurs se déclarent maraîchers à l’agent du recensement : Louis Lerat, Vincent Labarre, Auguste Hamon, Marcel Peneau, André Malgogne. Saint Joseph se couvre de serres, de tunnels de forçage, de châssis. Des réservoirs d’eau se dressent au-dessus des puits. Le service d’eau des maraîchers dessert le quartier. Les « camions » à quatre roues, tirés par un cheval, emportent les récoltes sur les marchés nantais, au centre de gros du Champ de Mars.

 

La Beaujoire

Mais la ville approche, commence à franchir cette « frontière » que constitue le passage à niveau de Ranzay. Aux Batignolles, on se souvient que les cités en bois ne sont que provisoires, on encourage leurs habitants à se reloger. L’entreprise, qui a acquis le domaine du Launay, en cède le terrain aux Castors de l’Erdre. Les Castors, ce sont des ouvriers des Batignolles, des cheminots …,  qui, de 1951 à 1956, dans un remarquable élan de coopération et de solidarité, vont construire eux-mêmes une soixantaine de maisons. Le nom des rues du lotissement est là pour rappeler l’ambiance du chantier : rues de la Persévérance, de la Patience, de la Réussite. Deux autres lotissements s’édifient à peu près à la même époque : Bourdin et Chaussé (à l’entrée actuelle du parc des expositions), et la Brosse (rues F. Coppi,  G. Saint et de la Grange au Loup).

La municipalité échafaude un gigantesque programme d’aménagement ; on ne rêve alors que rocades, pénétrantes, Voie des Cours, Voie des Casernes. L’un des projets a laissé sa trace dans la cité des Castors : il sert aujourd’hui de terrain de football aux gamins de la cité. Les rives de l’Erdre doivent accueillir une autoroute urbaine qui pénétrera jusqu’au centre-ville. Des bruits courent : il faudrait détruire 900 maisons pour faire place aux voitures. Aux élections suivantes,  la municipalité est battue, les projets suivants seront moins pharaoniques.

Le parc des expositions abandonne le Champ de Mars pour les terres de Clermont-Ranzay et de la Bretonnière. Ce sera le « Parc Régional des Expositions et de Plein Air de Nantes », le « P.R.E.P.A.N. ». Le sigle, aux consonances bizarres, est vite abandonné et le parc devient : « la Beaujoire ». Il est inauguré en 1971 avec les Floralies Internationales. Le but premier de l’opération est d’accueillir la Foire Commerciale de Nantes, qui étouffe entre le Champ de Mars et Malakoff. Un programme ambitieux a été confié à l’architecte en chef urbaniste M. Liberge: aménager une Z.A.C. « Nantes-Erdre » de 55 hectares dont le centre est un « palais » de 15 000 m2. La municipalité prévoit, en amont, un centre nautique qui regrouperait les sports, les petits chantiers de construction qui existent encore, des commerces d’accastillage. Un important pôle multi-sports est envisagé : basket, handball, tennis, hockey, volley, patinoire, sports mécaniques même. Curieusement, seul le football ne figure pas au programme ! Malakoff suffit encore aux ambitions nantaises. Cinq quartiers nouveaux, avec 6000 logements, doivent entourer le Parc. Un schéma publié par la presse montre une menaçante voie rapide qui doit doubler la route de Saint Joseph entre le parc et le bourg. Au fil des années et des municipalités, les projets vont évoluer : le centre nautique devient un parc floral, le projet de voie rapide vers Saint Joseph est abandonné, un stade de football remplacera le complexe sportif.

En 1975-1977, le pont de la Jonelière est doublé pour permettre le passage de la  rocade nord. En 1984, le minuscule hameau de la Beaujoire devient mondialement célèbre avec le stade de football. Dans les années  1970, une navette ferroviaire avait fonctionné à plusieurs reprises à l’occasion des grandes manifestations de la Beaujoire, Floralies, Foire Commerciale …. En 9 minutes, un autorail conduisait les visiteurs de la gare de Nantes à celle de la Beaujoire. Pour leur noël 84, les Nantais se sont offert un superbe train électrique, « un désir nommé tramway », titre un hebdomadaire de l’époque. Il s’arrête à la Haluchère. En 1989, la ligne est prolongée jusqu’à la Beaujoire, le terminus est installé juste sur l’emplacement du hameau disparu.

Au nord du quartier, les héritiers du transporteur Charles Drouin ont vendu le domaine de la Chantrerie à la Ville. On y construit l’Ecole Vétérinaire, la quatrième en France (1979) ; on y transplante les Laboratoires vétérinaires du département. Une usine de composants électroniques, « Matra-Harris », s’y ajoute en 1979-1980. Le reste de la propriété devient un parc public. Les terres agricoles de Cheviré et de la Perverie accueillent la « Silicon Valley » nantaise : Atlanpole. Quelques écoles prestigieuses s’y sont implantées : l’Ecole des Mines (1995), l’I.R.E.S.T.E. (1986) et l’I.S.I.T.E.M. (1989), devenues Ecole Polytechnique, l’Ecole du Bois (1993), l’Ecole de Design (1998). L’autoroute Nantes-Angers franchit l’Erdre à Port-la-Blanche , le nouveau viaduc est inauguré le 12 août 1993 .

Autour du bourg de Saint Joseph, cultivateurs et maraîchers, souvent pour cause de retraite, ont abandonné leurs exploitations : ce sont les derniers terrains de la commune disponibles pour construire. Entre les recensements de 1990 et de 1999, la commune de Nantes a vu sa population augmenter de 25 000 âmes : c’est Saint Joseph qui a proportionnellement le plus « profité », et largement ! de cet accroissement. A la fin des années 1970, les prairies humides où paissaient les vaches, les mares où l’on allait rincer le linge, les chênes têtards où s’amusaient les gamins du bourg, sont devenus une vaste Zone d’Aménagement Concerté : allée de Portricq, rue de l’Embellie, lotissements  de la rue de la Grange au Loup. La Fontaine Caron a suivi (1996), puis les Hauts du Launay, les Landes du Launay, Chantrerie 2.

A la Libération, les parents d’élèves de l’école privée ont retroussé leurs manches, et, sous la direction du vicaire Yves Garnier, reconstruit l’école le long de la route de Saint Joseph. Elle est devenue l’école Saint Yves. Vers 1972, la petite école publique a pris le nom de l’instituteur-écrivain Louis Pergaud. Elle a transmis ce nom à la nouvelle école (1982) bâtie de l’autre côté de la rue, de la rue Louis Pergaud bien sûr. L’urbanisation galopante a nécessité l’édification d’une seconde école  publique, au Linot (1984), puis d’une troisième, à la Beaujoire ; d’une quatrième, à Maisonneuve. Un gymnase a été construit (1988), bientôt suivi d’un second (2000). Une Maison des Associations rénovée a ouvert ses portes en mars 2002 sur l’emplacement de la vieille école publique. Une vaste « salle festive » de 450 places, destinée aux quartiers est de Nantes, est promise pour 2006.

Saint Jo demain

L’histoire ne s’arrête pas aujourd’hui. Les Portériens sont maintenant 10 000. Le quartier Nantes-Erdre, dont ils font partie, est passé de 19 000 à 24 000 habitants entre les deux derniers recensements (1990 et 1999). « La progression de la population (+ 25,7 %) est la plus forte des 11 quartiers nantais », écrit l’I.N.S.E.E. dans une publication récente. On annonce de nouveaux et vastes lotissements (Champ de Tir, Vergers du Launay, nord du bourg, derrière les gymnases) ; on promet un réaménagement du centre-bourg et son extension entre la route de Saint Joseph et l’Erdre ; un sympathique réseau de « cheminements doux » est à l’étude; la route de Châteaubriant doit devenir un « boulevard urbain » ; une ligne de transports en commun en site propre – tramway ou bus - doit traverser le quartier d’ici quelques années qu’on espère proches. Le vieux quartier tranquille, craignant d’y perdre son âme, surveille de près son évolution !

 

 


Lieux-dits, lieux de mémoire,

 de Saint Joseph de Porterie

 

Portricq ou Porterie ?  Doit-on dire « Portricq » ou « Porterie » ? Grave question ! Voici quelques graphies, rencontrées au hasard de recherches dans les documents anciens.

1602 – Une affaire de clôtures, au Bois du Bèle, concerne « Guillaume Bernard, seigneur de Porteric ».

1607 – Mariages dans la « chapelle de Portery », dans un registre paroissial de St Donatien ; le « y » est très net, comme ceux de « Hardy » et de « Maunoury », sur la même page.

1718 et 1720 – Les rôles d’imposition (capitation) citent « le Grand Portric » (rive gauche de l’Erdre) et « le Petit Portric » (rive droite). Mais pour le registre de 1788, c’est « le Grand Portrique ».

1786 – Yves Coat, recteur de St Donatien, emploie « Portricq ».

1791 – On vend des biens nationaux situés, selon les actes, à  Portricq ou à Porterie.

1843, 1853 – Le cadastre napoléonien, les « Plans cadastraux des cantons de la Loire-Inférieure » de Charles Tollenare, adoptent « Porterie ». Mais les propriétaires (Lelasseur, Dufort, etc.) écrivent « Portric », « Portéricq », « Porteric ». La paroisse est officiellement créée sous le nom de « Saint Joseph de Portricq ».

1910-1912 – La Ville semble avoir choisi « Saint Joseph de Portricq ».

Et puis, vers 1960, on revient à « Saint Joseph de Porterie ». Pourquoi ? Posée, la question n’a pas eu de réponse. Y a-t-il eu une décision officielle ? Elle ne semble pas encore avoir rejoint les Archives Municipales. Quelqu’un a émis une hypothèse : ce serait Joseph-Stany Gauthier, conservateur des musées du Château, qui aurait demandé qu’on « francisât » le nom du quartier, ce nom n’ayant pas de racine bretonne. A vérifier !

« Portérien » : ce néologisme ne figure pas encore dans le dictionnaire. On le doit à une association locale, « la Commune Libre de St Joseph de Porterie », fondée en 1989 pour célébrer le bicentenaire de la Révolution. Monsieur le « Maire » avait besoin de s’adresser à ses concitoyens ; comment les appeler ? « Chers Portricains » ? « Chers Portéricains » ? « Chers Portériens » plaisait mieux aux oreilles et fut retenu. Aujourd’hui, le terme est passé dans les mœurs.

La route de Saint Joseph, ancien « bas chemin de Carquefou », ou « chemin de Porterie » : les Portériens se plaisent à croire qu’elle est une des plus longues rues de France, avec ses 5,600 kilomètres, du carrefour de Montbazon à la route de Carquefou.

 

Gâchet – Gâchet, jusqu’au 19ème siècle, c’est un lieu-dit de Carquefou : un vieux moulin à vent sur le coteau ; une vieille auberge sur la rive. Le moulin à vent possédait encore son toit pointu au temps des premières cartes postales ; il a été détruit pendant la guerre 1939-1945, on craignait qu’il ne serve de repère à l’aviation. Gâchet était le port de Carquefou. Les mariniers dédaignaient le beau quai qu’on leur avait construit à Port-Jean. La vieille auberge y était-elle pour quelque chose ?

A la fin du 19ème siècle, Louis Vié, meunier, passeur d’eau, pêcheur, plus ou moins braconnier probablement, exploitait aussi l’auberge. On le soupçonne, parmi d’autres, d’avoir inspiré l’auteur méconnu de la fameuse chanson des plaisanciers de la rivière : « Gueule de Serpent ». A Gâchet, il n’est que locataire des seigneurs des Renaudières. Il possède une parcelle sur la rive nantaise de la Boire Noire, au Port Brégeon, il y fait bâtir sa propre auberge, à l’enseigne du « Petit Gâchet » (« la Régate », de nos jours). Au Vieux Gâchet, la guinguette du bord de l’eau devient pour les Nantais un haut-lieu des plaisirs du dimanche, les bateaux à vapeur y font escale, Gâchet devient aussi célèbre que la Jonelière. Le vieux chemin de la Chantrerie, qui dessert les villages nantais de l’Etang-Hervé, devient la « route de Gâchet », et l’Etang-Hervé en perd son nom : aujourd’hui, l’Etang-Hervé est bien oublié, on n’attribue plus ce nom qu’au marais qui sépare Nantes de Carquefou. Pour tout le monde, passé la Chantrerie, on est à Gâchet !

 

La Chantrerie – Jusqu’à la Révolution, la Chantrerie est un domaine rural qui appartient à l’Eglise, et dont les revenus doivent servir à entretenir les « chantres », la chorale de la cathédrale de Nantes. Les actes notariaux sont signés , en 1604 par Nicolas Touzelin, en 1697 par Jean Barrin, en 1720 par Jean de Caulet, tous « grands chantres de Saint Pierre » . C’était une ferme importante, dont il reste la belle métairie qui tourne le dos à la route de Gâchet. Ce qui reste de l’intérieur de la bâtisse montre qu’elle a dû héberger un personnage important, au moins en tant que résidence d’été.

Elle était louée à des fermiers, ce qui nous vaut quelques descriptions rédigées par les notaires : maison principale, pressoir, écurie, dépendances, jardins, prés, terres labourables, bois, et le droit de pêche en Erdre. Une grande partie des terres est en vigne ; en 1720, on y plante encore de la « vigne blanche ». Le cadastre du 19ème siècle, et même celui du début du 20ème, nomment encore « la Grande Vigne » la vaste parcelle située entre l’Ecole Vétérinaire et l’Erdre, celle où les enfants vont donner des croûtons de pain aux baudets et aux moutons. Vers 1750, les fermiers sont François Quirion et son épouse Louise André. A la fin du 18ème siècle, les Hauray sont les derniers fermiers de l’Eglise. Ils paient 900 livres annuelles de fermage, somme élevée qui montre l’importance du domaine.

En 1791, la Chantrerie est vendue comme « bien national ». Elle est adjugée à la famille Hauray, pour 60 200 livres. La somme paraît énorme ; les Hauray agissent-ils pour une tierce personne ? Quarante ans plus tard, la Chantrerie appartient au sieur Blon, un architecte-entrepreneur du quartier Saint Similien, où il possède plusieurs maisons et chantiers entre la rue Mercoeur et le Marchix. Il existe maintenant, dit le cadastre, une grande maison sur le domaine, à l’emplacement du château actuel. En 1831, une fille d’Etienne Blon épouse Louis Lévêque, fils d’un maire de Nantes, ce qui fait que la Chantrerie va passer aux mains de la famille Lévêque. En 1860, Louis Lévêque fait démolir la maison et la remplace par le château actuel. La Chantrerie reste la propriété des Lévêque au moins jusqu’en 1922 : à plusieurs reprises, le curé de Saint Joseph signale la très grande générosité de Mlle Lévêque envers sa paroisse. Ensuite, le propriétaire est Similien Normand, qui la cède en 1938 à Charles Drouin, chef d’une famille de célèbres transporteurs routiers. Au décès de ce dernier, les héritiers vendent la Chantrerie à la Ville de Nantes. Une partie servira à édifier l’Ecole Vétérinaire ; une autre, les Laboratoires Vétérinaires du département. Le parc, qui fut dessiné par l’architecte-paysagiste Noisette, est devenu un des plus beaux « espaces verts » dont s’enorgueillit la ville de Nantes. Il a été ouvert au public en 1979.

Cheviré – L’Ecole des Mines est bâtie à l’emplacement des deux fermes de Cheviré, ou de « Chuiré », comme on prononçait autrefois. La carte de Cassini y indique un « château ». Un ancien habitant des lieux se souvenait de l’épaisseur extraordinaire des fondations de la ferme : pour passer une conduite d’eau, il avait fallu employer un essieu de charrette pour percer le mur. A proximité, disait-il, on voyait encore, il y a quelques dizaines d’années, les ruines d’une chapelle (elle est signalée par le vieux cadastre). Vers la propriété voisine, « le Prieuré », il existait des carrières abandonnées ; la tradition disait qu’un moine était enterré à cet endroit.

 

Port-la-Blanche – Un hameau composé de deux petites fermes qui dépendent du Bois-Hue ; les bâtiments existent toujours, pas trop près de la rive, eux ! A partir de 1927, quelques petites résidences secondaires s’y construisent, « les pieds dans l’eau » ; lors des inondations, heureusement peu fréquentes de nos jours, l’expression prend tout son sens ! Entre les deux guerres, la maison bleue du fond de la rue est une guinguette qui anime l’endroit. « La mère Provost, employée au Bois Hue, racontait M. Turpin, un ancien du quartier, avait monté un petit caboulot sous les sapins : Où allons-nous ? que faisons-nous, arrêtons-nous à la Cabane Bambou !, avait-elle inscrit sur la cabane. » Depuis 1993, le grand viaduc de l’autoroute est venu troubler le calme du village.

 

Le Port des Charrettes – Le vieux cadastre du début du 19ème siècle ne mentionne aucun « Port des Charrettes » à cet endroit. Le chemin existe, mais il n’y a aucune construction. A sa droite en descendant, les parcelles proches de l’Erdre sont désignées sous le nom de «Clos des Chênes ». A gauche, c’est « la Nouette ». On commence à parler de ce « Port des Charrettes » vers 1870. Les gabarres viennent y décharger du sable et des pierres pour la construction et l’entretien des chemins du quartier. Ce sont des charrettes qui  emportent ces matériaux pour les livrer  sur les chantiers. Il y a de fortes chances pour que le Port des Charrettes leur doive son nom. En 1882, on améliore l’accès en construisant deux rampes ; la rampe aval est utilisée par les Ponts et Chaussées pour débarquer les matériaux destinés aux voies publiques. Vers 1930, le marchand de sable G. Bordes s’en sert pour livrer du sable aux jardiniers et aux maraîchers du quartier. Le Port des Charrettes est alors devenu le port de Saint Joseph.

M. Lefeuvre, propriétaire des bateaux assurant le service Nantes-Sucé, avait établi un ponton de bois où descendaient les passagers , pêcheurs, clients des petits bistrots établis près du chemin, Café des Roses, Café des Pêcheurs. En 1946, des Portériens signent une pétition pour que le ponton soit réparé. Réponse de M. Lefeuvre : « Le ponton que j’avais à cette station a été tellement détérioré par les Allemands que je ne puis l’utiliser. L’achat d’un ponton et son installation sont de prix exorbitants, les impôts en plus. D’autant que cette station ne donnait pas suffisamment de voyageurs, le tramway est proche. Les pêcheurs vont en vélo.» Des années plus tard, un riverain installera à nouveau un ponton, privé mais très convivial ! Depuis 2003, dans le cadre de l’aménagement du « Port de l’Erdre », un ponton public est venu le compléter. Tout près de l’eau, une petite maison héberge le siège social de la Fédération des Amis de l’Erdre, une association débordant d’énergie qui s’est donné pour but la défense de la rivière.

Une légende prétend qu’il aurait existé jadis un gué à cet endroit. C’est bien difficile à imaginer ! Avant le Canal de Nantes à Brest, le niveau de la rivière était plus haut qu’aujourd’hui ; le chenal était suffisamment profond pour noyer une quarantaine de personnes, en face de la Dènerie, un samedi soir de février 1715, à la suite du naufrage d’une « sentine ».

Le Fort - Le château du Fort a été construit vers 1753 (par Ceineray ?) pour François Galbaud du Fort, avec les revenus d’une plantation de canne à sucre qu’il possédait à Léogane, dans l’île de Saint Domingue. On dit qu’Alain Barbetorte avait eu là, dans les temps reculés, un repos de chasse. Certains ouvrages classent le Fort parmi les grandes « Folies » nantaises. La belle façade est, bizarrement, tournée vers le nord. L’arrière, visible de la rue, laisse voir une partie plus ancienne, qui a peut-être subsisté d’un plus ancien château incendié.

Les Galbaud du Fort étaient alliés à une autre famille, les Chappotin de Neuville (dits aussi du Fort), dont une des filles se fit missionnaire en Inde et fonda une congrégation : les Franciscaines Missionnaires de Marie. Hélène de Chappotin (1839 – 1904), « Marie de la Passion » en religion, a été béatifiée par le pape le 20 octobre 2002. De nos jours, le Fort est une maison de retraite pour les religieuses, et un centre de « ressourcement spirituel ».

Le Cellier – Près de la grille de l’entrée nord du parc, au bord de la rivière, on voyait encore, il y a quelques années, la ferme du Cellier. Au 19ème siècle, elle dépendait du Fort. Abandonnée, devenue un lieu mal fréquenté, elle a été détruite.

Le Port aux Dames - Sous la Roseraie, le sentier franchit le ruisseau de la Bretonnière, dont le confluent devait être naguère le Port aux Dames, qu’un chemin raccordait à la route de Saint Joseph. C’est probablement l’envasement qui l’a fait remplacer par le Port des Charrettes. Les carrières voisines, qui servent de décor au parc floral,  auraient fourni les matériaux de construction du château du Fort. Le ruisseau prend source près de l’église de Saint Joseph. Depuis l’urbanisation du quartier, il a été enfoui, et ne reparaît que dans le parc de Launay (les Castors), ou il alimente un étang romantique. Au niveau de la Bretonnière, il reçoit un affluent, lui aussi devenu souterrain, le ruisseau de la Beaujoire qui descend de la Baratte.

Launay – Le registre C 6 des Archives départementales, qui énumère les droits de l’évêque en 1681, cite : « Le lieu, maison et métairie, anciennement appelé de Launay-Sanaton, avec maison, chapelle, granges, étables, toiteries, jardin, pourprix, terres labourables, petites vignes, bois de haute futaie, qui fut autrefois à Gilette Sanaton , puis depuis à Jan Allain sieur de la Lande et du Rouvre, le dit lieu joignant les terres de la Beaujouère, le chemin qui conduit de Nantes à Carquefou, et le bas chemin qui conduit de Nantes à Portric. » . Le cadastre de 1799 attribue la Maison de Launay à « Lemasne Gaspard y demeurant ». Le petit château a dû être construit au début du 19ème siècle. Le gigantesque platane, un des plus beaux arbres de Nantes, qui ombrage la place voisine, a dû être planté à cette époque. Le domaine appartient, en 1851, toujours selon le cadastre, à Guillaume Henri Fidèle  Ducoudray-Bourgault, d’une famille de négociants qui comptèrent parmi les derniers négriers nantais. Une des filles de Guillaume Ducoudray-Bourgault se maria avec le célèbre agronome Jules Rieffel, fondateur de l’école d’agriculture de Grand-Jouan, près de Nozay ; une autre fut l’épouse du ministre de Napoléon III Adolphe Billault. En 1889, le propriétaire est Charles Pellerin, négociant, 15, quai de Richebourg, puis la famille Pellerin jusqu’en 1928. A partir de 1928, le registre du cadastre indique : « Coudray Victor Pierre Groot » et en 1941, la Société anonyme de Construction de locomotives Batignolles-Châtillon. Un « 1818 » est porté en marge de l’article : date de la reconstruction ?

En 1923, l’école privée de Saint Joseph, fermée à la suite d’un différent avec l’Inspection Académique, est accueillie clandestinement au château pendant quelques semaines par les propriétaires d’alors, la famille Pellerin. Le bâtiment abrite, de 1945 à 1952, un centre d’apprentissage féminin d’une centaine d’élèves : il déménagera rue de la Bottière en 1952, et deviendra le Lycée d’enseignement professionnel Léonard de Vinci en 1976. Le domaine, acheté par la Société des Batignolles en 1941, a été cédé en partie aux Castors de l’Erdre, qui, de 1951 à 1956, y ont construit eux-mêmes leurs maisons.

Plusieurs lieux-dits de Nantes et des environs portent le même nom. La place Mellinet a été dessinée dans le quartier dit de Launay ; l’aulne est un arbre très commun qui aime le bord des cours d’eau, ce dont la région nantaise est bien pourvue. Rien qu’à Saint Joseph, il existe deux « Launay » : le Grand Launay, le château de la cité des Castors, et le Petit Launay, une pittoresque vieille maison, chemin du Fort.

Clermont-Ranzay - Le parc des expositions a été aménagé sur les terres de Clermont-Ranzay, de la  Richardière et du Fort. Ranzay, écrit Léon Maître, est déjà cité au  siècle dans la Charte de Louis VI le Gros (Rentiacum). Le vieux cadastre de Nantes (1843) montre que la majeure partie de ces terres étaient autrefois plantées en vignes, comme tous les coteaux de l’Erdre entre Ranzay et Carquefou. En 1469, le duc François II récompense son secrétaire Jacques Raboceau en exemptant à jamais d’impôts sa « maison et métairie nommée et vulgairement appelée Ranzay » : Ranzay ou Clermont-Ranzay ? Léon Maître pense que c’est Clermont-Ranzay qui est le vieux Ranzay de la Charte de Louis VI le Gros, plutôt que le « Ranzay » voisin, dont le château de 1890 a laissé place à une maison de retraite. Au 18ème siècle, le manoir de Clermont-Ranzay a appartenu à Michel Leclerc, commissaire de la marine au Croisic, puis à son frère Pierre Leclerc, « marchand de draps et soie » Basse Grand’rue, puis à leur sœur Thérèse Leclerc, épouse de René Lelasseur. Ce qui explique l’arrivée des Lelasseur dans le quartier. En 1851, la maison principale « ne sert plus qu’aux récoltes », selon le registre du recensement.

Le dernier propriétaire privé a été un cultivateur, M. Yves Abguillerm, qui l’a cédé à la Ville lors de l’aménagement de la Beaujoire. Le manoir, amputé de ses annexes, a été sauvé de la destruction, il est devenu la mairie du quartier en janvier 1977. La Richardière n’a pas eu cette chance : ce « château », une grosse maison bourgeoise avec ses dépendances,  située au voisinage de l’entrée de la Roseraie, a laissé place au parc et aux parkings. La petite borderie de la Pervenchère a échappé au massacre : rénovée, elle est utilisée de nos jours par le Service des Espaces Verts et de l’Environnement (le S.E.V.E.) de la ville.

Les viaducs : Jusqu’au 19ème siècle, il n’existait pas de pont entre la Chaussée de Barbin, à Nantes, et le pont Saint Georges, à Nort-sur-Erdre. On traversait la rivière en barque, à la Jonelière, à Gâchet, à Sucé. La fin du siècle vit le remplacement de la Chaussé de Barbin par le pont de la Motte-Rouge (adjugé en 1884, inauguré en 1886), celui du bac de Sucé par un pont (adjugé en 1868) ; l’aménagement du boulevard de ceinture nantais nécessita le pont de la Tortière (1878). C’étaient des ponts routiers. Pour le passage du chemin de fer Nantes-Châteaubriant, c’est l’entreprise Fives-Lille qui obtint l’adjudication du chantier (1872-1877) ; elle construisit une grande arche métallique. On y ajouta une passerelle pour les piétons vers 1910, ce qui entraîna la suppression du petit bac (payant !) de la Jonelière. Le pont a été détruit à la fin de la guerre 1939-1945. Un viaduc en béton l’a remplacé peu de temps après : ce sont les culées du pont métallique qui lui servent d’appui. A la fin de 1976, le viaduc ferroviaire a été doublé d’un pont routier destiné au passage de la nouvelle rocade nord.

Certains auteurs affirment qu’on apercevait encore, au 19ème siècle, en période de basses eaux, une sorte de chaussée qui traversait l’Erdre au voisinage du pont de la Jonelière. Pour Léon Maître, il s’agissait peut-être d’un passage établi au Moyen-Age, ou d’une chaussée de moulin.

Le Bois Hue : On écrivait aussi : Bois Hus. Hue, ou Hus, vient peut-être d’un nom de personne. Ce patronyme, devenu célèbre grâce à un ancien et médiatique secrétaire de parti, n’est pas très rare en Bretagne. Sur le bord de l’Erdre, il existe aussi un château du « Pont Hus », à Petit Mars. Le style de la construction fait dire aux architectes que  la partie la plus ancienne du château pourrait dater du 17° siècle.

Avant la Révolution, plusieurs actes des registres de Saint Donatien, paroisse dont dépendait alors le Bois Hue, y placent une famille de Vay. La chapelle, qui se trouvait en bordure du chemin, à gauche de l’entrée,  accueillait parfois des  cérémonies (baptêmes…). En 1669, le registre paroissial de Saint Denis de Nantes cite un César de Santo Domingue, seigneur du Bois Hue.

Le 26 octobre 1821, le notaire Julien Aimé Rolland vend, pour 90 000 F, le Bois Hue à Théodore Ouvré, ancien colon à la Guadeloupe . Rolland tenait le Bois Hue de la succession, le 24 août 1808, de la demoiselle Devay de la Fleuriais et de Marie Gédéon Samuel Louis Pierre Henry (ouf !) Devay de la Fleuriais son frère. La terre du Bois Hue consistait alors en une ancienne maison de maître, ménageries avec basse-cour, pressoir, magasin et terre vers le midi, jardin à l’orient avec prés, terre labourable, bois d’agrément et pièce d’eau. Sept borderies ou fermes en dépendaient : les deux borderies « du fournil », les borderies de la « Hée », du Brouillard, de Blanche, de Rougeolet et de la Conardière. Théodore Ouvré le revend peu après à René François Lelasseur. Au décès de ce dernier, en 1838, son cousin germain François Marin Lelasseur de Ranzay reçoit le domaine en héritage. Il semble que la famille y habite assez souvent. Elle agrandit le château vers 1882.

Les Ursulines occupent les lieux pendant quelques années (1921-1929). Lorsqu’elles le quittent, c’est  pour aller s’installer au Plessis Tison où elles sont encore (Blanche de Castille). La Société Civile Immobilière du Bois Hue (familles Tiriau - Dassié, garage Ford route de Vannes, puis boulevard Stalingrad ) achète le domaine en 1924 . Aujourd’hui, le vieux château n’est plus habité. Des garnements y ont provoqué un incendie en 1999. Saint Joseph de Porterie va-t-il perdre une des dernières belles pièces de son patrimoine ?

Sur les rives de l’Erdre :

du halage au sentier

 

La Chaussée de Barbin

De Nantes au Pont-Hus, près de Petit-Mars, l’Erdre est un lac, sans doute le plus ancien des grands lacs de barrage de France. On attribue à Saint Félix la construction de la première digue qui fit de la modeste rivière la grande étendue d’eau que nous connaissons. Cela se passait vers l’an 550, au temps des Mérovingiens. Ce premier barrage, c’était la Chaussée de Barbin, une large digue de pierres et de terre qui coupait la rivière cent mètres en aval du pont de la Motte-Rouge actuel. La Chaussée de Barbin permettait la navigation de Nantes à Nort, en assurant à l’Erdre un niveau constant, indépendant des marées dont l’influence devait se faire sentir assez loin dans les terres. Pendant des siècles, l’Erdre connut un trafic important. Elle apportait à Nantes le bois de chauffage, le fer des forges du Comté Nantais, des matériaux de construction ; les paysans descendaient vers les marchés de la ville les produits de leurs récoltes. La première étape du voyage vers Châteaubriant s’effectuait en bateau.

La Chaussée supportait trois moulins. Les riverains d’amont accusaient les meuniers de Barbin de retenir beaucoup trop d’eau pour faire tourner leurs meules, inondant ainsi les propriétés riveraines. Le niveau réglementaire était plus haut que celui d’aujourd'hui, et encore quelques décimètres de plus noyaient les récoltes de foin ou de roseau, et, bien plus grave, les pelouses du Pont-Hus à Petit-Mars. Il en résultait de terribles contestations, d’interminables procès. Vers 1700, le problème faillit être résolu : quelques propriétaires, dont l’évêque d’alors, à qui appartenait la Chaussée de Barbin, imaginèrent de supprimer le barrage, ce qui leur aurait permis d’agrandir leurs domaines en récupérant quelques arpents de terres noyées. La réaction indignée des autres riverains fit tomber le projet … à l’eau.

En ces temps-là, la France et l’Angleterre avaient la déplorable habitude de se faire très souvent la guerre. La mer séparant les deux pays, les combats se faisaient sur l’eau, et la France n’avait pas toujours le dessus, loin de là ! A la fin du 18ème siècle, on pensa à creuser un canal entre Nantes et Brest ; en passant à l’intérieur des terres, les bateaux éviteraient les mauvaises rencontres. Pour cause de Révolution, le Canal de Bretagne ne fut réalisé qu’au 19ème siècle (1811-1836). Un nouveau barrage fut édifié, au bas de la rue du Calvaire (l’Erdre occupait alors l’emplacement du Cours des Cinquante Otages). La Chaussée de Barbin fut percée d’une passe à bateaux, puis supprimée quelques dizaines d’années plus tard. Du coup, le niveau amont du lac baissa d’une soixantaine de centimètres : les riverains n’y perdaient rien, au contraire !

 

Le chemin de halage

Le lac n’est jamais très profond : deux ou trois mètres au milieu du chenal. La navigation se faisait « à la bourde », grande perche de bois que le marinier appuyait sur le fond de l’eau. Si le vent le permettait, on dressait un bout de voile carrée pour épargner la peine des hommes. De Redon à Quilheix, on aménagea un chemin de halage, qui permettait d’utiliser la traction humaine (à la « bricole » ) ou chevaline. A la dernière écluse, il fallait dételer : le lac est beaucoup trop large, ses rives bien trop marécageuses, pour utiliser ce mode de déplacement. On envisagea alors de prolonger le chemin de halage jusqu’à Nantes ; vers 1844, un projet fut établi, chiffré. On espérait ainsi une navigation un peu plus rapide, et moins dangereuse. Il n’était guère recommandé aux mariniers de s’éloigner du chenal, les divagations entraînaient un échouage assuré dans les plaines de Mazerolles et de la Poupinière. Le chemin de halage devait suivre la rive droite, en coupant à travers les zones marécageuses. En 1844, le règne de Louis-Philippe connaissait une grave crise économique ; chômage, misère, la situation devenait inquiétante. Les autorités créèrent alors des « ateliers de charité » qui fournirent un peu de travail aux nécessiteux.

C’est dans ce contexte que débute le chantier, le 22 mars 1847. Le projet se heurte à l’opposition des propriétaires, sauf à la Jonelière : l’ingénieur souligne le « concours loyal et empressé » que lui offrent Olivier de Sesmaisons et Charles Aubert, propriétaires des terrains riverains. C’est donc à la Jonelière que l’on commence les travaux. Le chantier, souvent interrompu, se poursuit, cahin-caha, au gré des maigres déblocages de crédits, jusqu’en 1848. C’est en vain que l’ingénieur s’indigne : « Comment pouvoir, sans injustice, et même sans danger, renvoyer des ouvriers tout aussi nécessiteux et tout aussi misérables que lorsqu’on les a appelés sur le chantier ? »  Comment justifier l’arrêt des travaux aux propriétaires qui ont cédé leur terrain, coupé leurs arbres ? Fin 1848 portant, le ministère met en doute l’utilité des travaux. Ne vaudrait-il pas mieux payer « le propriétaire du bateau à vapeur qui fait tous les jours le voyage de Nort, afin d’employer ce bateau comme remorqueur ? » Et c’est ainsi que se termine le chantier du chemin de halage ; 1200 mètres environ ont été plus ou moins réalisés, de la Boire de la Verrière à la Tortière.

 

Remorquage

20 ans plus tard …. L’ingénieur Eon-Duval a repris le projet ; il prévoit une dépense de 490 000 F, de la Tortière à Quilheix. Les rapports de ses adjoints font à nouveau état de l’hostilité des riverains ; les malheureux vont être « troublés dans la jouissance de leurs propriétés d’agrément dont les abords seraient par suite de l’existence d’un chemin de halage pour ainsi dire à la merci d’une foule de promeneurs appartenant à la classe ouvrière qui fréquentent ces parages les dimanches et fêtes et souvent même les autres jours de la semaine .» Et chacun sait que « la société qui hante la rivière d’Erdre est déplorable sous le rapport des mœurs ». Pourtant, le projet est déclaré d’utilité publique le 27 avril 1861. L’imminence du danger va susciter des actes d’héroïsme. L’idée d’un remorqueur n’a pas été oubliée. Le 12 janvier 1869, Louis Lévesque, propriétaire de la Poterie, Mme Poydras de la Lande (la Gâcherie ), et M. R. Coinquet, maire de Nort-sur-Erdre, s’engagent, « conjointement et solidairement », à se charger de l’entreprise « d’un service subventionné de remorquage entre Nantes et Nort », moyennant une subvention de 36 F par jour où leur remorqueur aura « effectué un voyage à l’aller et au retour entre Nantes et Nort. »  Le Ministère de l’Agriculture et des Travaux Publics est d’accord, le remorquage va être établi, à titre expérimental, pour une durée de 15 ans. Si au bout de 5 ans il n’a pas donné satisfaction, on reviendra à l’idée de chemin de halage.

Le premier remorqueur est « l’Eclair », un vapeur en fer construit à Nantes ; deux machines à vapeur « Gâche Frères » entraînent deux roues à 14 palettes de 3,20 m de diamètre. Il appartient au sieur Boyer, que les associés ont chargé de mettre en œuvre leur entreprise.

1874 – Les trois associés réclament la résiliation de leur contrat ; au lieu du bénéfice escompté, l’entreprise est déficitaire ; le prix du charbon a augmenté, les droits de remorquage ne rapportent pas autant que prévu, deux ans de guerre n’ont rien arrangé …. Refus de l’Administration : les ingénieurs des Ponts et Chaussées n’ont aucun mal à démontrer que les difficultés viennent du fait que les associés, au lieu de faire construire un vrai remorqueur, ont préféré faire adapter à moindre coût un bateau à passagers. « Un bateau pour voyageurs ne fera jamais qu’un mauvais remorqueur, confirme le constructeur Gâche aîné, et un remorqueur sera toujours un mauvais bateau pour voyageurs .» L’entreprise Boyer a déclaré forfait, la menace d’un chemin de halage est toujours présente. Louis Lévêque doit trouver rapidement un autre remorqueur. M. Gris, fabricant de chaux, possède un bateau convenable de 22 chevaux ; c’est lui qui prend la succession. Le ministère a accepté de porter la subvention de 36 à 46 F.

De nombreux incidents viennent animer les premières opérations de remorquage. Le premier mois, les tarifs sont appliqués avec beaucoup de fantaisie. Le remorqueur oublie trop facilement de s’arrêter à Quilheix, pour emmener les bateaux qui arrivent de Redon. Les machines tombent en panne, de préférence au milieu des plaines de Mazerolles. Un jour, le remorqueur se trouve à la tête d’une file de 13 bateaux ; le capitaine doit se fâcher tout rouge et aller décrocher lui-même les resquilleurs. Néanmoins, en 1872, l’ingénieur en chef estimait que l’entreprise avait fonctionné 330 jours de l’année, et que 72 000 tonnes avaient été remorquées : la moitié du tonnage qui avait circulé sur l’Erdre cette année-là. Louis Lévêque n’a réussi à se débarrasser de son fardeau qu’à la fin de son contrat, en 1875. Le remorquage a continué encore longtemps, jusqu’au début de la guerre 1939-1945 : les vieilles cartes postales du début du 20ème siècle nous montrent le vaillant « Moustique » remorquant des trains de bois devant Sucé et devant Port-Mulon. Les automoteurs, la concurrence du chemin de fer, puis de la route, porteront un coup fatal à la navigation de commerce, et il ne sera plus question de chemin de halage.

 

Le sentier

Vers 1878 encore, les rapports concernant les contraventions étaient rédigés sur des imprimés dont une page entière rappelait les règlements : une ordonnance de 1669, un arrêt du Conseil d’Etat de 1777, confirmés en 1791, enjoignaient aux riverains de laisser le long des rivières navigables un chemin de 24 pieds de largeur pour le halage des bateaux. Les Ponts et Chaussées veillaient soigneusement au respect de la loi, en interdisant les dépôts, les constructions non autorisées, sur le bord de l’eau. Puis, au 20ème siècle, on sembla oublier ces servitudes. Les clôtures se prolongèrent jusque dans la rivière, des maisons se bâtirent pieds dans l’eau, comme à Port la Blanche à partir de 1927. Dans les années 1960, 1970, l’accès à l’Erdre était fort réduit ; à Saint Joseph, le public disposait de quelques mètres de rive au Port des Charrettes, à Port la Blanche, à Gâchet. Ailleurs, il n’était pas plus gâté. Or, les mœurs évoluaient, on recherchait le calme, la nature. Les Nantais entreprirent de reconquérir leur rivière. La contestation s’organisa, un C.A.B.E. (Comité d’Accès aux Bords de l’Erdre) naquit, avec un mot d’ordre : « Libérons les bords de l’Erdre ». Des pique-niques réunissant  mille, deux mille personnes furent organisés sur les propriétés privées, des clôtures furent cisaillées, des pancartes arrachées. Des pétitions circulèrent, soutenues par de nombreuses associations : la Gaule Nantaise, la Société Académique, Tourisme et Travail …. la dynamite même parla, en amont de Sucé, où des inconnus firent sauter une maison en construction sur un îlot qui aurait dû, selon eux, rester public.

Peu à peu, l’espace ouvert s’élargissait. La Ville de Nantes devenait propriétaire  de terres riveraines : la Chantrerie, le parc des expositions. Entre Port-Boyer et la Tortière, en 1995, un long chemin en bois au-dessus de l’eau évita de rogner les propriétés de la Trémissinière. En 2000, le dernier verrou sautait, au Port des Charrettes, après des années de chicaneries. Une passerelle, par-dessus le ruisseau de la Fontaine-Caron,  près de l’Ecole des Mines, relie Port-la-Blanche à la Chantrerie. Désormais, on peut aller du Pont-Morand à Port-Jean, à Carquefou, presque sans quitter le bord de l’eau. Il ne reste qu’un seul  gros obstacle, le Parc des Expositions : il est fermé les jours de manifestation payante.

De l’autre côté de l’eau, le sentier de la rive droite avance, lui aussi. Déjà, on peut marcher du centre-ville au viaduc de Port-la-Blanche, puis de la Grimaudière (le port de la Chapelle) à la boire du Hocmard ; l’Université de Nantes, un propriétaire compréhensif à la Chapelle, ont facilité les choses. La municipalité de la Chapelle a réussi à acheter une bande de terre le long de la Gâcherie : il ne reste plus qu’à aménager le chemin ! A Saint Joseph, on regrette fort que rien n’ait été prévu pour les piétons, lors de la construction du viaduc de l’autoroute.

Aujourd’hui, le quartier de Saint Joseph espère se rapprocher de sa rivière : une politique de « cheminements doux » est à l’étude. Les nouveaux lotissements prévus devraient inclure un réseau de chemins réservés aux piétons et aux cyclistes. Ainsi, il serait possible d’aller à l’école, d’aller faire ses courses, de relier le bourg au sentier des bords de l’Erdre, en évitant la circulation automobile toujours plus envahissante.

 

                                                                                                              L. LE BAIL

 

Les Annales de Nantes et du Pays Nantais, juin 2004

 

 



 

 

Les moulins à vent de Saint Donatien

(rive gauche)

 

Jusqu’au début du 19ème siècle, la farine, élément essentiel de l’alimentation, était fabriquée à l’aide de moulins mus par l’eau ou par le vent. Saint Donatien, dont faisait partie le quartier de Saint Joseph de Porterie, ne possédait, bien sûr, que des moulins à vent : sur son territoire, il n’y avait pas de ruisseau assez abondant, assez puissant, pour faire tourner des meules, et les trois moulins à eau de Barbin, sur la vieille chaussée qui barrait l’Erdre, dépendaient d’une autre paroisse. Ces moulins sont tous signalés par le vieux cadastre des années 1840, sauf celui de l’Eraudière, ce qui permet de situer précisément leur emplacement, bien qu’ils soient disparus.

Le moulin de Gâchet – Comme il a donné son nom à la pointe la plus septentrionale de la commune de Nantes, nous le citerons d’abord ; bien sûr, il était sur Carquefou, nous ne voulons pas l’annexer à Nantes ! Situé sur le coteau qui domine l’auberge du Vieux Gâchet, il ravitaillait aussi les habitants de l’Etang-Hervé (le Picot, la Boisbonnière, la Guiblinière …). Au 17ème siècle encore, un texte qui énumère les droits de l’évêque rattache cette « vieille masse de moulin à vent » à la « tenue de la Guiblinière », située près du chemin (nantais) qui porte aujourd’hui ce nom. (Archives Départementales : G 6 )

Le moulin appartenait au domaine des Renaudières, dont les restes, au bout de la grande allée de la Fleuriaie, vont être restaurés pour accueillir le « Musée du Temps qui passe » de Carquefou. Les propriétaires des Renaudières étaient, jusqu’aux approches de la Révolution, seigneurs de Porterie et de l’Etang-Hervé. En 1741, un acte notarié, relevé par l’équipe « le Temps qui passe », concerne l’affermage du moulin ; Hilarion du Rocher du Lestier est devenu propriétaire du domaine par son mariage avec Julie d’Espinoze. Le meunier, Jean Pineau, époux d’Isabelle Mulonnière, s’engage pour sept ans. Il dispose d’un logement et d’un four couverts de tuiles, et de deux petites parcelles de terre labourable. Il doit en outre tenir en parfait état la châtaigneraie de Gâchet, et veiller soigneusement à ce qu’aucun bestiau n’y entre. Isabelle Mulonnière est tenue, comme les autres femmes de fermiers, « d’aider à laver les lessives qui se feront au dit lieu des Renaudières », sans espérer un salaire, « fors que la nourriture seulement ». Un plan de l’époque, joint au document, laisse penser que l’auberge n’existait pas, alors.

De 1784 à 1791, pour les registres paroissiaux de Carquefou, les meuniers de Gâchet sont des Angevins, les Vié : Pierre Vié puis son fils Nicolas. En 1798, son vieux mari étant décédé depuis longtemps, c’est Marie Julie d’Espinoze qui se présente devant Maître Potiron de Boisfleury, le notaire de Carquefou, pour affermer le moulin ; le meunier est cette fois Mathieu Perray (un gendre Vié ?), qui disposera des mêmes bâtiments, des mêmes terres que Jean Pineau ; il devra lui aussi prendre grand soin de la châtaigneraie, et sa femme sera tenue de faire les lessives du château.

En 1842, Pierre Vié, meunier à Gâchet, achète une petite borderie sise à la Boire Noire, lieu autrement dit Port-Brégeon, sur la rive sud du ruisseau qui sépare Nantes de Carquefou. C’est sur cet emplacement que Louis Vié fera bâtir, à la fin du siècle, l’auberge du Petit Gâchet, devenue « la Régate ». Aujourd’hui, « la Régate » et « l’Auberge du Vieux Gâchet » font partie des meilleurs restaurants de l’agglomération nantaise.

Les cartes postales du début du 20ème siècle laissent voir, au-dessus de l’auberge, le vieux moulin ; il a perdu ses ailes, mais il possède encore son toit pointu. Les anciens du quartier raconte que la vieille tour, qui aurait pu servir de repère à l’aviation, a été abattue en 1941.

Le moulin de Porterie – A un kilomètre au nord du bourg de Saint Joseph, au carrefour du chemin de Gâchet, tourna longtemps le moulin de la seigneurie de Porterie. Il a du disparaître vers 1900. Un vieil acte, le testament de Françoise Pineau recueilli par le notaire de Carquefou, nous dit le nom de son meunier, en 1809 : Jean Pineau, qui y demeure avec sa sœur Françoise. En 1851, le meunier est Louis Rivière, natif de Sucé. La rue du Moulin de Porterie rappelait son existence ; elle a été récemment déclassée, puisqu’elle n’est plus utilisée. Le moulin de Porterie aura-t-il la chance que son nom soit donné à un autre élément du quartier, par exemple au rond-point qui occupe son emplacement ? Ou tombera-t-il dans l’oubli ? (G 1274)

Le moulin de la Halvêque – La Halvêque, c’était la Haie-l’Evêque, jadis. Tout ce secteur faisait partie des Régaires, les domaines de l’évêché. Il portait le nom d’un petit manoir situé entre l’usine Saulnier-Duval et la route de Paris. Le moulin, lui, se dressait à l’emplacement du magasin « Marché U » du rond-point de la Beaujoire. En 1605, Jacques Demarques , sieur de la Branchouère et de la Baujuère, rend hommage au seigneur-évêque pour « un moulin à vent situé en la lande de la Haie l’Evesque tournant et virant » . En 1776, le meunier était Pierre Lefèvre, et en 1790, René Dupé. En 1851, selon le recensement, le moulin appartient à un sieur Chassiron ; le meunier est un Vié né à Carquefou (Victor ?).

Le moulin de la Garde – Ce « moulin à vent et à farine » était situé, avec une petite ferme, à l’emplacement du restaurant « Mac Donald » de la route de Paris. (H 54). Le propriétaire en 1851 est le sieur Chassiron ; le meunier est Sébastien Guillet ; âgé (il a 74 ans), il est secondé par son fils Sébastien.

Les moulins de Belle-Isle – La seigneurie de Belle-Isle et de Port-Durand entourait le manoir de Belle-Isle, dont on voyait encore récemment des vestiges, près du château de l’Eraudière. Les deux moulins étaient à quelque distance au nord du manoir. On les voit  bien sur un fusain de Charles Leduc conservé au Musée du Château ; l’un d’eux a encore ses ailes. Le tableau, qui date de 1877, représente un « Retour de régates sur l’Erdre » ; les bateaux s’apprêtent à passer sous le viaduc de la Jonelière en construction.

Etant donné leur peu d’importance, ils ne devaient guère enrichir leurs meuniers, Louis Dugué, Jean Dugué, Pierre Texier, à l’époque de la Révolution, et encore un Louis Dugué en 1851.

La tour de l’Eraudière – Il existe encore, sur l’ancien chemin de l’Eraudière (rue de Coëtfelquen), une curieuse tour ronde, nommée parfois à tort la « Tour Meschinière » ; la véritable Tour Meschinière, ou Trémissinière, se trouvait bien plus près du pont de la Tortière. La petite tour de l’Eraudière pourrait être un ancien moulin « turquois », type de moulin fort ancien constitué d’une tour en maçonnerie surmontée d’une cabine en bois renfermant le mécanisme ; cette cabine était fixée sur un solide axe vertical pivotant à l’intérieur de la tour qui le soutenait. C’est en tout cas l’opinion de M. Chassain et de quelques autres « molinologues » distingués …. L’explication est plus satisfaisante que celle qui voit là une « tour à feu » destinée à guider les mariniers.

Le moulin des Carmes – Une rue perpendiculaire à la route de Saint Joseph porte son nom. Il se trouvait à l’angle nord de ces deux voies non loin du manoir de la Cornuaille. Son nom laisse penser qu’il devait appartenir aux Carmes, religieux installés au centre-ville. On le nommait aussi « Moulin Tahé », peut-être en souvenir d’un ancien meunier. Quelques-uns de ses meuniers : Jean Perraud (1738) ; François Redureau (1771) ; Joseph Landron (1790). Le recensement de 1851 n’y signale plus de meunier. (K 352)

La Marière et la Colinière – C’étaient deux ou trois moulins qui dépendaient de la Maison de la Marière (près de la rue Camille … Desmoulins). Le cadastre de 1843 signale le « Moulin neuf de la Colinière », qui tournait encore à cette époque ; un autre « moulin à vent pour moudre la farine » et un « ancien moulin conservé comme pavillon-belvédère ». L’un de ces moulins, celui qui était tenu par la veuve Perraud, était assez important pour employer deux garçons et une servante, en 1790. (L 1296, L 1303 ou 1309)

Au recensement de 1851, les moulins de la Marière appartiennent à un magistrat nantais, Paqueteau. Un des moulins a pour meunier Charles Rivière, qui y habite avec sa femme Jeanne Guillet et ses trois enfants. L’autre est exploité par une meunière, Marie Petiot, veuve Lambert. Elle est aidée par une domestique et un garçon meunier.

La Sorinière et le Tertre – Ces deux moulins se trouvaient le long du chemin de Montfoulon, sur la partie de ce chemin devenue de nos jours la rue du 65ème R.I., entre Saint Donatien et l’Erdre. En 1790, l’un d’eux a pour « farinier » Jean Ripaud, et l’autre, André Ripaud, qui emploie deux garçons-meuniers. Trente ou quarante ans plus tard, un de ces moulins est déclaré « en démolition », l’autre appartient à un nommé Taillé, et sert alors à moudre … du chocolat ! C’est l’un de ces deux moulins qu’on voit sur une gravure de Samuel Cholet, « la Chaussée de Barbin », souvent reproduite dans les ouvrages d’histoire de Nantes. (M 312 et 346 )

Au cours du 19ème siècle, tous ces moulins ont cessé de tourner, remplacés par des minoteries à vapeur ou électriques beaucoup plus performantes : adieu, la poésie !

 

(G 1274), (L 1296), etc. : cotes attribuées par le vieux cadastre aux moulins cités.

Sources :  Le vieux plan cadastral de Nantes et ses registres.

                Les minutes de Maître Potiron de Boisfleury, le notaire de Carquefou au début du 19ème siècle.

                « Carquefou, le Temps qui passe », cahier n° 4.

                A.M.N. :  II 130 ;  F 1, C 30, d 1.

                A.D.L.A. :  E  VI  5, n° 46 . Registre de la capitation, 1790, Saint Donatien.

 

Iconographie

 

Cartes Postales Anciennes

C.P.A. 38 . Environs de NANTES – Les Bords de l’Erdre – Le Pont de la Jonnelière  C.L.C.

Vue prise de l’amont. Le pont métallique construit par l’entreprise Eiffel.

 

C.P.A. Saint Joseph de Portricq – Pas de nom d’éditeur. Sans date.

Le café « Au rendez-vous des Pêcheurs, Vve Couinet débitante » et la famille Couinet. Maison typique du quartier avec son échelle d’accès au grenier.

 

C.P.A. LE PETIT GACHE – le débarcadère – Cliché Guibert. Timbre de la Poste : août 1906.

Le ponton devant l’auberge du Vieux Gâchet à l’arrivée du bateau de Nantes.

 

C.P.A. Sans légende. Sans nom d’éditeur.

Vue prise devant l’église de Saint Joseph ; la cavalerie de Saint Joseph harnachée à l’occasion de la Mission de 1930. Cette vue fait partie d’un carnet de cartes postales éditée en souvenir de cette mission.

 

Photos couleurs (L. Le Bail)

3 photos - Trois réservoirs perchés utilisés par les maraîchers. Le réservoir de la place du Puits aux Images ; le réservoir de la Roseraie ; le réservoir des Pâtis. Chacun de ces réservoirs était accompagné d’un puits. Le réservoir permettait de donner une pression suffisante pour l’arrosage, et de réchauffer l’eau.

 

1 photo - La petite tour de l’Eraudière, rue de Coetquélen. Il s’agit sans doute d’un vestige de « moulin turquois ».

 

1 photo - Serres détruites par l’orage de grêle de juillet 1980, chemin des Pâtis ; les maraîchers commencent à cette époque à abandonner le quartier.

 

1 photo - L’entrée du « souterrain » de Porterie. Dans cette cave, sous l’ancien château de Porterie, se trouverait l’entrée d’un souterrain qui passerait sous l’Erdre !

               

1 photo - Le sentier des bords de l’Erdre le long du parc de la Chantrerie.

                              

1 photo - La Commune Libre de Saint Joseph de Porterie est reçue par Monsieur le Maire de Nantes à l’occasion de la traditionnelle « descente des carottes », en avril.

               

1 photo - Les premières « Reines de Saint Jo », accompagnées de Monsieur le Maire de la Commune Libre (à droite) et des représentants de la Commune Libre du Bouffay (à gauche), devant le Cirque Cristal.

 

1 photo – Le stand de tir du Bèle et les sculptures de J. Paressant.

 

 

Photos N. B.

1 photo - Battages au Petit Bèle, à l’aide du matériel de la Coopérative (Collection : M. Fernand Potiron)

 

1 photo – Reproduction CPA : NANTES – Saint Joseph de Portricq – La route de Carquefou

La boulangerie Jamin est devenue pharmacie.

 

Bois Hue : Photos possibles : vue aérienne du Bois Hue (demander autorisation à Mme et M. Tiriau), ou C.P.A., ou photo NB Le Bail, ou dessin.

 

1 photo – Le « château » de Porterie vu du chemin des Pâtis.

 

Dessin (ou CPA Chapeau originale ?)

L’église de Saint Joseph avant l’orage de l’été 1930

 

Plans (L. LE BAIL)

Plan du quartier de Saint Joseph de Porterie – Les propriétaires du quartier vers 1840 (d’après le cadastre de la commune de Nantes)

 

Plan du quartier de Saint Joseph de Porterie – L’utilisation du sol vers 1840 (d’après le cadastre de la commune de Nantes)

 

Plan de la paroisse de Saint Donatien avant la Révolution (d’après les registres paroissiaux)

 

 

 

 

 



[1]  Erreur : c’est Fives-Lille